SKEPSISTEME
LA LIBERTÉ COMMENCE AVEC LA CONNAISSANCE CRITIQUE
Lundi, 16 novembre 2015

Je l'avais déjà glissé dans mon mot de samedi, mais mon nouveau recueil est désormais disponible à la commande chez l'éditeur (http://www.editions-hybris.fr/node/67) et devrait faire son apparition en librairie dans un mois.

L'événement de la semaine passée constitue une illustration bien macabre du propos de ce livre. Que sommes-nous prêts à sacrifier au nom du bonheur ? Et puis, quel bonheur ? L'idéal américain, qui s'impose à l'Occident et au-delà est : travail, famille, patrie. Pour la jeunesse, bonheur et alcool semblent être devenus indissociables. Mais l'alcool a de nombreuses autres formes : il est fait de tous ces petits plaisirs qui se nourrissent jour après jour de notre lassitude, de nos haines, de nos incompréhensions et de nos peurs - mais qui jamais ne nous en débarrassent. L'illusion du bonheur. Certains cherchent refuge dans la superstition et abandonnent alors ce qui fait d'eux des hommes libres - ceux-là, qu'ils soient jeunes chômeurs ou présidents des États-Unis, deviennent parfois les plus dangereux de tous. Le bonheur est une quête philosophique, mais elle ne saurait se réduire à une introspection, qui ne vaudrait guère mieux que l'autarcie euphorique et individualiste qui nous entoure et qui n'a plus prise sur sa réalité sociale. Elle s'accompagne d'une responsabilité politique, terme dont on a dévoyé la signification.

Pour autant ce livre n'est pas que pamphlétaire. Il raconte, il décrit d'abord, dans le langage des choses qu'on ne peut dire - celui qui court après la beauté. La poésie cherche la liberté de la pensée dans sa structure même. Elle veut briser les conventions conceptuelles et langagières comme des oeufs dont la coquille serait devenue trop grosse pour laisser éclore l'ornithorynque qui s'y étouffe. L'animal est nu, modeste, vrai : c'est tout ce qui importe.

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Extrait :

Martín veut jouer, Martín rit,

Martín se cache seulement derrière un banc de pierre

comme le peuple se cache

derrière la petite colline

et le peuple rit - il rit fort

il fait des monticules de peuple

par-dessus les vieux temples -

tout ce qu'on voit est

Renca la Lleva

- et tout ce qu'on est,

un jeune Démocrite avec un couteau dans une main

et rien dans l'autre que la douceur d'une paume

Baigné dans le frétillement des bancs d'hommes échoués,

dans l'odeur pulpeuse des poissons à demi-morts,

ce qui se chérit, la force dans cette femme

comme une épice dans un muscle de solitude -

le visage, sec et hâlé,

avalant telle une houle mes regards, ma paume, mes rêves...

est seul indétrônable...

Je suis né chinchinero, je grandis dans un tambour -

je suis né l'enfant d'étal - de mes petites mains je déploie l'étoffe de mon ventre,

le soleil est un grand alpaca rond avec des mamelons blancs

et ses petits sont partout que je les attrape -

avec mes petites mains je caresse leur dorure,

avec mon tambour je les séduis ! Avec mon ventre...

Le soleil et le carabinero et la câlice rouge et blanc des Ingleses,

veulent-ils jouer ?

je leur prête un banc de pierre

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