SKEPSISTEME
LA LIBERTÉ COMMENCE AVEC LA CONNAISSANCE CRITIQUE
Lundi, 2 novembre 2015

On m'a récemment demandé mon avis sur le résumé d'un colloque destiné à discuter des relations entre science et philosophie. Le texte qui suit est une version légèrement revue des quelques commentaires que j'en ai donné.

I. D'une manière générale, je pense que le raisonnement est anéanti par l'introduction du concept métaphysique de Dieu. Il est d'ailleurs assez ironique d’employer Kant comme argument d'autorité, étant donné que le kantisme fait de la métaphysique un usage illégitime de la raison, en ce qu'elle constitue une « connaissance » qui n'est basée sur aucune expérience, qui veut vainement traiter des choses en soi et n'est pas une faculté synthétique a priori de la raison - comme le sont les mathématiques.

En effet, ce texte est une exégèse de l'esthétique kantienne. « Intérieur » et « extérieur » sont en fait l'en soi et le pour soi kantiens, qu'Hegel reprendra dans sa propre dialectique du maître et de l'esclave : le pour soi, c'est ce que le divers est dans la perception du sujet, c'est-à-dire la manière dont il se manifeste au travers à la fois des sens et de l'entendement ; l'en soi, en revanche, est l'inatteignable "essence" de la chose, ce qu'elle est par elle-même indépendamment de sa perception : c'est ce qu'on appelle la révolution kantienne, car le monde n'est en fait que relativement à son observateur.

À partir de là, il est difficile de faire une critique structurée parce que le texte ne l'est pas vraiment. En particulier, il y a un mélange très gênant du concept de divers (qui n'est jamais mentionné comme tel) et du vivant. L'esthétique kantienne s'applique à la chose, mais ne se propose pas d'expliquer quoi que ce soit sur la nature du vivant - la confusion mène à une définition métaphysique très embarrassante. Ce glissement est aussi responsable d'exemples mal choisis qui se rapportent à la biologie évolutive (e.g. évolutivement, la structure pneumatique de l'aile de l'oiseau s'explique en effet par l'adaptation au vol ! Vaut aussi pour la structure de l'herbe, etc.).

Les exemples de « finalité » en évolution représentent ce que j'appelle un déterminisme restreint : les traits évoluent sous l'influence de facteurs qui ensemble engendrent une causalité déterministe, qui peut cependant être mise en échec à tout instant. Je pense en fait que ce problème académique du « pourquoi » et du « comment » est un faux problème. En effet, la question du pourquoi est la question générale de la causalité (pourquoi la souris a-t-elle été mangée par le chat ? Parce qu'elle est sortie de son trou.) tandis que le comment est la question du moyen (comment la souris a-t-elle été mangée ? Le chat, au moyen de ses organes sensoriels, etc.). Pourquoi cependant cette dialectique reste-t-elle un académisme ? Précisément parce qu'il y a un pourquoi qui fait un usage légitime de la raison, et un autre qui en fait un usage illégitime, car il cherche l'explication dans l'en-soi du divers - et que cette distinction, je pense, crée un malaise chez les métaphysiciens. Contrairement à ce qu'y est écrit ici, l'en soi ne fournit absolument aucune explication parce que cette explication est simplement hors de portée des facultés de l'homme.

Ainsi je pense que la définition du pourquoi par rapport au finalisme est incorrecte. Le pourquoi répond au besoin conceptuel de la causalité. Dans la Synthèse Moderne, par exemple, le finalisme classique (opposé au mécanisme) a en fait une résonance moderne très intéressante (et sur laquelle porte ma recherche) dans le contexte du déterminisme évolutif : l'adaptation n'est pas chaotique, au contraire, elle est gouvernée par des constraintes dont font partie, par exemple, les fonctions vitales. Quant au finalisme « autre », impliquant une direction sous l'effet de la volonté d'une « substance pensante », c'est encore une fois un usage illégitime de la raison et un anti-existentialisme.

Le rôle de la philosophie par rapport au finalisme est donc épistémologique dans le sens où elle doit se faire l'interprète du finalisme dans un usage légitime de la raison dans le cadre de ce que la science nous dit de la causalité du divers.

II. Je n'ai pas grand chose à dire sur la partie 2. Je ne sais pas trop quelle est la thèse défendue - que la philosophie étudie des concepts ? Certes oui...Pour moi la philosophie en tant que démarche aurait tendance à l'emporter sur la philo en tant qu'activité. C'est ce que suggèrerait une définition comme "L'analyse critique et synthétique des idées". Je crois qu'aujourd'hui la dialectique fait partie intégrante de la critique, de même que cette dernière est toujours au sens kantien : pas d'usage illégitime des facultés de l'entendement. Une question dont je veux bien admettre l'importance est de bien définir ce qui est légitime de ce qui ne l'est pas.

Partie 4 : On ne peut pas se faire plus grand antagoniste de ce que je pense qu'en se faisant le porte-parole de Popper. On parle trop de Popper, alors que c'est un type qui a inventé une sorte de refuge conceptuel pour que la métaphysique côtoie la philosophie (je fais la distinction) et la science, tout en s'en prenant avec acharnement à la « pseudo-scientificité » du matérialisme historique. On fait de la falsification la grande idée de Popper, mais on savait bien avant lui qu'un énoncé dont on ne peut démontrer la fausseté n'est pas du domaine des sciences...Popper n'a rien apporté à l'épistémologie mais surtout il a complètement échoué à affirmer la démarche scientifique comme la seule viable d'un point de vue kantien et à en exclure la métaphysique. Par là-même il n'a pas su non plus donner à la philosophie sa vraie place dans le système. J'avais prévu d'écrire une critique détaillée de Popper et peut-être qu’elle verra le jour.

Ce qui est dit dans la cinquième partie est carrément superficiel. Non, il y a des centaines de milliers de chercheurs qui font de la recherche fondamentale sans aucun rapport avec la technologie, et qui sont aussi loin de toute activité philosophique que les autres.

Il y en fait je crois deux raisons majeures à ce clivage :

  • - La première est simplement la difficulté des scientifiques à avoir des vues d'ensemble, simplement parce qu'il n'y a plus d'éducation philosophique, et que des matières comme l'histoire sont négligées dans les cursus (ou cursi...). C'est d'ailleurs là qu'apparaît nettement l'entité philosophique par rapport à la science dans sa définition moderne : celle-ci se réduit au traitement de données. Quand je travaillais à l'université de Bristol, mes jeunes collègues me disaient : "Si tu veux philosopher, va t'inscrire au département de philosophie". C'est donc une absence d'ouverture, sinon de connaissances générales, chez les scientifiques, qui se dessine, et les générations à venir ne vont faire qu'accentuer le phénomène.
  • - La seconde raison c'est que la philosophie académique s'est discréditée avec son propre ridicule. De Paul Nizan à l'affaire Sokal-Bricmont, on sait qu'un « philosophisme » s'est développé sous forme de dialogue de sourds dans lesquels on débale des absurdités absolument imbattables - lire Bouveresse notamment à propos de Debray. C'est notamment assez prégnant dans les milieux parisiens.

Bien entendu il y a des groupes de recherche en philosophie qui essayent encore de faire les choses sérieusement - curieusement ce qu'on appelle « la philo à l'anglo-saxonne ». Cela illustre mon premier point, c'est que la philosophie est vue comme une sorte de demi-science humaine qui a sa propre faculté, et dire qu'un scientifique est aussi un philosophe revient à dire qu'un historien d'art est aussi un avocat. La déconnexion est sévère, je dirais même consommée.

III. Nous sommes transférés ici à un problème économico-social, mais, à mon goût, cela manque à la fois de recherche et de rigueur - ce qui illustre d'ailleurs mes critiques précédentes sur la raison : ce n'est pas parce qu'on est philosophe qu'on a le droit de s'enfermer dans ses raisonnements.

Il y a six ou sept ans, avant que je ne sois confronté au milieu de la recherche, je pensais naïvement que le problème de la recherche fondamentale se formulait effectivement sous la forme d'une dialectique entre science et technologie, que l'on pouvait associer à celle entre financements publics et privés. En vérité, il n'y a de lien ni pratique ni conceptuel entre les deux. Nous pourrions très bien bénéficier d'une technologie en faveur de la santé, des services publics, de l'éducation ou d'autres infrastructures sociales : dans une certaine mesure, c'est bien sûr le cas, mais seulement en conséquence de la dynamique des marchés, qui influent en particulier sur ceux de la science, c'est-à-dire de manière secondaire à la recherche sur les commodités. Il ne s'agit pas seulement de liens directs (par exemple, les besoins de l'industrie pharmaceutique, puissance directrice dans les marchés de la science), mais également d'un vaste réseau de liens indirects, comme les corporations éditoriales qui publient les articles scientifiques, et auxquels la recherche théorique participe tout autant. En fait, le lobbying est beaucoup plus insidieux, car il ne concerne pas seulement l'origine des financements, mais comment la recherche fonctionne dans son ensemble, jusqu'à la manière dont elle est écrite et ce qu'elle peut écrire !

Insister sur la technologie pour déterminer la cause de la crise dans la recherche serait comme insister sur l'argent pour identifier l'origine des inégalités sociales. L’auteur mentionne les intérêts privés, mais il les oppose aux intérêts publics. Il est vrai qu'en Amérique du Nord les chercheurs insistent encore beaucoup sur les différences entre les deux politiques, mais je crois que cela participe simplement de l'illusion démocratique occidentale sur le court terme, car sur le long terme, la « classe » politique a les mêmes intérêts que les maîtres des marchés : le profit et la manipulation des masses. Le vrai problème de la recherche a un nom - capitalisme - lorsqu'en même temps c'est lui qui fait tourner les plus grandes machines à recherche au monde, dont les surplus profitent à une recherche marginale extra-marchés. Le sujet est bien sûr trop long à développer ici, mais c'est une bonne base pour commencer la discussion.

Partie 6 : Je ne pense pas que la proposition de la dernière citation du dernier paragraphe soit correcte du point de vue des concepts de l'évolution, mais passons. J'approuve la position de Feyereisen, qui renvoie au problème de la légitimité de la raison, mais il n'est pas vrai cependant que la philosophie doit refuser d'apporter de nouveaux principes à la science - la triste raison en est, et c'est un phénomène qui va s'aggraver terriblement (et j'insiste) avec les générations à venir, que les chercheurs n'ont plus de perspectives conceptuelles sur leurs propres travaux. Le chercheur de demain va être incapable d'intégrer sa recherche dans une dimension plus générale de la connaissance, ce qui en fait équivaut à l'incapacité de faire la critique du cadre conceptuel dans lequel ses travaux figurent par défaut (et qui constituent les premières phrases des articles scientifiques...). En termes kuhniens : les paradigmes scientifiques vont devenir de plus en plus petits, et seront subordonnés à d'anciens paradigmes qui seront devenus des dogmes.

La meilleure chose serait encore que chaque chercheur soit un philosophe, mais pour cela il faudrait commencer par arrêter de demander aux étudiants d'arrêter de penser ! (et encore une fois, j'insiste !)

Pour conclure et revenir à la partie 1, j'ai toujours considéré que la philosophie n'était pas une « matière » mais une approche, pour la pensée critique et contre l'aliénation. Quand en classe de philosophie on aborde la question « Qu'est-ce que la philosophie ? », on nous fait conclure que la philosophie c'est la question de l'homme. Il serait plus juste à mon sens de convenir que l'homme est philosophique. Sarte l'a dit : le seul être dans l'être duquel il est question de son être. Je dirais même plus sartrien encore : c'est la responsabilité de l'homme que de philosopher. Cela se justifie également par la nécessité a priori d'user de sa raison de façon légitime.

Il faut donc que les philosophes s'efforcent d'être des hommes, et les scientifiques, des philosophes...

Mercredi, 27 mai 2015

Violence is the fact of constraining one’s will and/or action, either through physical contact or not. This distinction is fundamental, especially in the case of the thesis defended herein, which is that visible events of physical violence can in general be distinguished and understood with respect to their degree of response to other, intrusive but not necessarily physical, acts of violence.

What is coined here by “social violence” is intended to designate an array of seemingly isolated (often mediatically so) to organized events of violence, excluding climatic situations such as foreign or civil wars and revolutions, although those arise in the continuity and aggregation of the smaller events we are looking into.

As a concept, an idea, an image first, violence in the era of mass media has been progressively distilled in the Western populistic modern culture during the Cold War as a necessity for defense-driven economies (in spite of the dissuasive geopolitical means of the atomic bomb, and in spite of the greatest atrocities those same masses had just experienced under defense-driven agendas), serving a mostly (continued) imperialist purpose, up to representing today the first and foremost cause and end of the entire Western Spectacle: violence, in every form, is the leading topic of politics, information and even entertainment.

This may explain why we are capable of standing in awe before brutality and terrorism close to us, while at the same time trivializing the violence that is a norm rather than an exception in many of the old Western colonies, and sometimes even within territories of former empires that were also “conveniently” destabilized. If a certain disinformational maelstrom still occults the facts and their interpretation regarding the recent events in Ukraine, Syria or even the so-called “Arab Springs” (that were not Arab, but Maghrebian), it is difficult not to see the identity of their patterns in the long history of covert interventions by the USA and their allies in countries whose economical-political system they wished to remodel in order to protect global markets. And when action is not direct, it is fuelled by arming contras of all sorts–Honduran, Afghan (the Taliban, not the Mujahideen) or Syrian.

Certainly all journalists with some geopolitical perspective have understood that they could not shed light on attacks against the West by ignoring the tremendous potential of revolt colonization and then post-colonial imperialism have triggered all around the world, by its policing of economics and ideology, and the safeguarding of land privatization. But can we connect all the points, including those that a priori are not related to international struggles?

Going through the history of daily violence or terrorist attacks in contemporaneous times would be an intimidating kind of endeavour by its scale, but we could illustrate the basic points of the issue by focusing on a few archetypal cases.

France, for instance, has in the last months been confronted to a wave of particularly shocking acts of violence, but in general with very different settings, and apparently different causes. Three of them in particular are of considerable importance: the random killing by a driver in the middle of a crowded Christmas market in Nantes, last December; a Kalashnikov shooting in Paris at the siege of Charlie Hebdo in January followed by hostage-taking by a group of young French jihadists; and the deliberate crash of an Airbus aircraft in the French Alps by a suicidal German co-pilot in March.

Those three examples, even within such a short period of time, can hardly show anything about long term trends in frequency or intensity, and in fact, consistent data over the years are not easy to obtain in the case of “social violence.” Official records, for instance, tend in fact to reflect first the varying intensity of police activity rather than an estimation of overall violence. The data themselves are also merging all types of violence that cannot all be objectively attributed to specific factors. There is also, in our times, the influence of the “unofficial” record of people able to share their own video or photographic data almost anywhere (although this gargantuesque record is also biased, given that the density of people is also inverse to crime-prone areas).

However, these details do not matter here, because the method cannot either be defiant of a materialistic approach that would attempt to explain at least qualitatively the current facts of violence in light of the specifics of today’s society: not only a society after a capitalist crisis, as it struggled after 1929, 1973 or 1987, but a society after all of those, a society with only the prospect of a monolithic globalized business- and lie-based culture, a society with not even an intellectual current of its own, as past societies defined themselves with, but left only with a false idea of progress based on a commoditarianism of lives and the world–a society to whomever has open eyes transpires of the failure of an entire economical-political system.

The above-mentioned French driver who hit those bystanders (before stabbing himself to death) left notes stating his distress and distrust of the society in which he was living. He was quickly and easily assigned to the ranks of the madmen. Other “madmen” came before him, of course. Such as this Human Rights activist, graduate in history and politics, who, in the city of Nanterre, in 2002, during a municipal council, shot the representatives thirty-seven times, killing eight and injuring nineteen, later asking to be killed by the police but instead jumping from the fourth floor of the police station. A scene certainly much less common in France than it would be, say...in the USA. Much informative is again the note left by this “terrorist,” in which he also expresses his desire to kill “as many as possible.” Why?

Because I became a living dead by my own will, I decided to finish it by killing a small local elite that was a symbol, and the leaders and deciders of a town I have always abhorred...[...] before I kill myself or get myself killed” he wrote, “I will become a serial killer, a maniac who kills. Why? Because the frustrated man that I have become does not want to die alone, when my whole life was shit–I want to feel for once mighty and free.

A common depressive tone, but not at all irrational. In reality, an altogether rather common type of thought that just met the right circumstances to be transformed into action. Of course, a society of mercantile “freedom” did not prevent his life from being “shit” and did not help him feeling free either, but can hardly, some would say, be held responsible for pushing him to this extreme. It just made him feel aim-less, skill-less and lonely.

The case of the aircraft co-pilot now seems to squarely fit in the “madmen” explanation, or even, for the most kind of us, in a certain consideration for pitiful fellows that life somehow mistreated. For those daring to see in their social environments the nihilism that led them there, this would still not be avowing that the present-day is characterized by a malaise that has not always been. And indeed, for the sake of another recent example, a man such as Michael Zehaf-Bibeau, who attacked the Parliament of Canada in October 2014, could have done that ten, twenty or forty years ago, as there were already homeless drug-addicts roaming the streets of the Canadian capital.

But I argue that those acts, that are not political but frankly desperate, are and will be on the rise as, not only poverty, but the insidious capitalist (let it be conservative or social-democrat!) violence that is the burden of the everyday life of the serving class is also on the rise. This violence is everywhere: through police-state repression (physical, this one, especially against social protests), bureaucracy, malnutrition, overt mediatic cretinism and, maybe among the most painful, in the heart of the culture of lies, advertisement. Over all this, the inability of the ruling classes to provide any meaningful perspective on the very reasons-to-be of society other than profit, achieved mainly through the brainwashing brutalization of the masses, will work against them: lost in confusion in their absence of existential understanding (and metaphysical, theological refuges can only add to this confusion) the only recourse of the people under submission, incapable of mounting an ideological defense or counter-strike, is the most direct and brutal violence. In other words, analogously to what imperialism is causing internationally, national systems of casts under neoliberal ruling are creating the conditions for blind bloodsheds on their own territories. The lack of organization, goal, demands, as they would have existed for separatist or nationalist movements for instance (now being slowly dismantled or losing steam: e.g. ETA, FLNC, FARC), but also for left-wing action groups (e.g. Rote Armee Fraktion, Action Directe, Brigate Rosse), as well as its propensity to mayhem, are clearly properties of this type of desperate violence.

The very reason why those acts are not confined to suicides is in general clearly expressed by the authors of the attacks themselves: despite their confusion, they have identified an enemy, and it happens to be represented in official figures of the oppressing authority, but also in all of us who refuse to take responsibility for the social nonsense in which we live in and the amount of injustice we try to ignore; so much as people used to live along with slavery or racist segregation as part of their culture. We are, to them, guilty of being passive.

Sometimes, this uncanalized hatred is directed towards a target by others, more structured groups, and with little connection to the true causality of the frustration at the origin of the action. This is how one should read the last of our examples, that of the young French people deciding to turn themselves against satirical illustrators as an act of revenge for blaspheming against Muhammad. In this case, the international tension is directly connected to the national one: the radicalization of their Islamic beliefs is but a by-product of their tumultuous ways of life, filled with heavy social inequalities and historical tensions, ghettoized, and also caricatured everyday as part of the undesired French landscape (and the journalists from Charlie Hebdo certainly did have a responsibility in this too). The lack of appropriate ideological structure in addition to the international repercussions of the war on terror (understand, war for privatization and resources, but also, war for war, i.e., for the benefit of the largest American budget, hereby, market – the military) attracts this youth in a structured form of irrational violence, instead of attracting them into social activism, replacing their real targets by metaphysical scarecrows. Note nonetheless the persistence of their hatred towards the police, a theme that Salafist leaders commonly carry along in their preaching, because they can easily associate it with the Western responsibility for the conditions of life of all Muslims. As a result, however, this form of violence promotes but chaos and is hardly different from isolated murderous suicides: before anything else, they arise from an obvious lack of philosophical beacon.

  Most importantly, one should escape the alienation of trivializing violence, despite the incentives of the Spectacle. Violence speaks clearly of the faults of our system, and acknowledging it is a first step towards trying to understand it. And by doing so, it should appear that the most scandalous violence is the one we have already accepted as part of our idolized secure and stable pseudo-democratic societies.

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